Nous prenons parfois de mauvaises décisions, qu'elles soient professionnelles ou personnelles. C'est comme ça, c'est inévitable. Consulter l'intelligence artificielle peut nous éviter une partie de ces mauvaises décisions, à tout le moins, nous aider à en prendre de moins mauvaises.
Pourquoi ? Parce que l'IA synthétise tout ce qui a été créé, numérisé et jugé exploitable, c’est à dire une grande partie de l’expérience du monde. Autrement dit, parce qu’elle a ingéré mathématiquement toutes les expériences humaines, on peut dire que la machine produit une sorte de sens commun statistique.
Prenez-vous toujours des décisions rationnelles et constructives ? Moi pas.
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La vie (très schématiquement).
Consultée pour résoudre un problème personnel ou professionnel, l’IA peut nous permettre d'identifier des écueils. Elle devient une béquille probabiliste, un outil de compensation de nos biais cognitifs individuels éclairés par l’analyse statistique, un révélateur de notre ignorance.
Elle est sans doute le meilleur outil de compensation qu'on ait jamais connu. Elle prolonge et actualise d’autres outils de compensations plus anciens : l’almanach Vermot, les prescriptions de l'horoscope, les dictons de grand-mère, les phrases de sagesse dans les biscuits chinois, les aphorismes, les conseils prodigués par les spécialistes, Nicolas le jardinier, Caroline la pédo-psy, Michel le médecin. Elle remplace l’encyclopédie et même le moteur de recherche de Google a plié le genou devant ses capacités de synthèse.
L’intelligence artificielle s’inscrit dans la continuité de tous ces moyens qui ont permis de porter et de transmettre l'expérience cumulée. Cela répond à un besoin fondamental, car on le sait bien, nous les humains, construisons sur le socle du passé et paradoxalement oublions ce passé en permanence. Comme le dit la chanson : “ Un jour ou l’autre, il faudra qu’il y ait la guerre, on le sait bien, (…) on dit, c’est le destin ”. C'est la raison pour laquelle les Hommes ont fini par instituer des commémorations, construire des mémoriaux, ériger des monuments aux morts, écrire des livres d’Histoire, afin de ne pas perdre de vue les conséquences des horreurs que nous pouvons produire.
La religion elle-même a pour fonction de nous rappeler ce qui est bien ou mal, ce qui est autorisé de faire ou de ne pas faire. C'est ce que nous indiquent les commandements chrétiens ou judaïques, les sourates islamiques ou les préceptes bouddhistes. Les hommes, c'est comme ça, ont besoin de guides, de repères, de rappels constants pour ne pas ressombrer dans leur animalité, dans leurs réflexes délétères, dans le repli sur soi et la violence.
Quel rôle l'IA peut-elle jouer sur cette scène peu flatteuse de la condition humaine ? Le pape François avait validé, à propos de l'IA, peu de temps avant sa mort, le texte suivant : « En se tournant vers l’IA comme vers un “autre” plus grand que lui-même, l’Homme risque de créer un substitut de Dieu. » (Antiqua et Nova, 2025). Il y a sans doute dans la religion et la croyance, des apports fondamentaux qui sont prodigués à l'Homme et que l'IA ne peut pas apporter. Sans doute. Mais en ce qui concerne le bon sens et la rationalité, il saute aux yeux que la quantité d'hallucinations est bien supérieure dans les textes sacrés que dans les réponses de ChatGPT, et pas que de manière symbolique. L’IA, par ailleurs, se laisse contredire. Je ne me prends pas à la religion, j'interroge notre refus d'interroger le sacré, en général.
Nous avons tort de mépriser l'IA, qui en réalité nous ressemble. Elle est un miroir de nous-mêmes, un miroir aux mille facettes qui nous renvoie une image moyenne de ce qu'est l'humanité, reflétant sa splendeur et sa déchéance. Mépriser l'IA, c'est nous mépriser nous-mêmes, ce qui, hélas, est une passion triste que beaucoup d'entre nous entretiennent.
J'ose le dire, nous devrions ressentir une forme de gratitude à l'égard de cet outil, un outil miroir que nous nous sommes fabriqués. Entendez-moi bien : je ne parle pas de gratitude à l'égard des créateurs de ces outils, mais à l'égard de l'IA en tant que phénomène advenu. La gratitude, comme le pardon, n'est pas une soumission. C'est un choix. Celui, en ce qui concerne l’IA, d'aller de l'avant et de saisir toutes les opportunités de se doter de garde-fous contre le pire.
Car soyons honnêtes. Qui peut affirmer sans rire que nous allons survivre au monde actuel avec nos moyens intellectuels d’aujourd’hui ? (Monde, soit dit en passant, que nous avons bâti sans l’aide de l’IA). Qui peut affirmer que nous n’avons pas besoin d’un énorme coup de pouce intellectuel et collectif pour sortir de l’inaction et prendre de moins mauvaises décisions ?
L'IA est une main tendue à travers le miroir que l'humanité s'est fabriquée.
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